Nous publions des extraits d’un article publié par TRIBUNE Le Monde écrit notamment par un anthropologue directeur de recherches au CNRS et une sociologue, directrice de recherches à l’Inrae. (L’Institut national de la recherche agronomique) Ceux-ci montrent que les mesures radicales de claustration des animaux qui ont été prises pour soi-disant les protéger de la grippe aviaire sont:

            contre-productives et inadaptées à la réalité des élevages paysans en plein air.

Dès septembre 2021, comme à chaque crise de grippe aviaire, des arrêtés avaient ordonné la claustration des élevages en plein air afin d’éviter leur contamination par des oiseaux sauvages porteurs du virus H5N1. Ces mesures, qui se sont révélées inefficaces, jetaient le soupçon sur la faune sauvage et les éleveurs en plein air.

Pourtant le premier cas français de grippe aviaire à l’automne 2021 est apparu dans une structure de production industrielle de 160 000 poules sans accès à l’extérieur. Les virus circulent effectivement entre oiseaux migrateurs et volailles domestiques, mais les études génétiques montrent également que des mutations dangereuses apparaissent souvent à l’intérieur des structures industrielles en surdensité.

La transmission des virus est également favorisée par la segmentation géographique des étapes du cycle de vie des volailles et par leur transport sur de longues distances jusqu’aux abattoirs.

Le maintien d’écosystèmes diversifiés riches en biodiversité


Le risque culturel réside dans le fait de faire disparaître des savoir-faire ancrés dans des traditions régionales d’élevage paysan (Corse, Pyrénées, Bretagne, Morvan, Limousin, etc.). Il faut également prendre en compte le risque éthique à l’heure où la société est de plus en plus soucieuse du bien-être des animaux : il est évident qu’un parcours arboré de plusieurs hectares répond mieux aux besoins d’un cochon que le mètre carré minimal prévu pour lui dans l’élevage en bâtiment.

Risque écologique enfin, car les élevages en plein air de volailles et de porcs contribuent efficacement au maintien d’écosystèmes diversifiés riches en biodiversité : haies,mares, prairies, bosquets pour le parcours des animaux.

En faisant de la biosécurité le critère ultime et en favorisant sans le dire l’industrie au détriment de l’élevage paysan, les décideurs publics vont à l’encontre du souhait de la société d’œuvrer à la préservation de la biodiversité et à l’amélioration du bien-être des animaux d’élevage.


Les risques de la violence industrielle

Les différences entre élevage paysan et industrie des productions animales ne se limitent pas au contraste entre « plein air » et structures industrielles de 3 000 truies ou de 150 000 volailles. Les éleveurs qui pratiquent le plein air ont choisi un mode de relation au vivant, mais aussi, bien souvent, des races animales différentes, une alimentation, des objectifs de performance, une espérance de vie pour les animaux différents de ceux de l’industrie.


C’est pourquoi la claustration forcée contredit le sens même de leur vocation et pousse certains à l’abandon ou à la désobéissance civique. Après cent cinquante ans de domination d’un modèle zootechnique guidé par des impératifs de rendement et renforcé par les mesures de biosécurité, les résistances des éleveurs nous alertent sur
les risques actuels de ces orientations.

Sans reconsidération de la valeur de l’élevage en plein air et des richesses matérielles et immatérielles qu’il produit, il n’existera bientôt plus dans nos rapports de travail avec les animaux de ferme que la violence industrielle.

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