Dans la remise des conclusions des commissaires enquêteurs, il ne vous aura pas échappé que ces derniers ont demandé une étude complémentaire dans le domaine de l’hydrogéologie. En effet, le petit chapitre du dossier consacré au sujet était en réalité une étude géotechnique liée au besoin du chantier. Aucun impact hydrogéologique sur le milieu environnant n’a donc été étudié.

La déposition de notre administrateur Michel Chevalier, dont les compétences ne peuvent être contestées (découverte du fleuve Yprésis¹), constitue donc un élément déterminant de l’enquête publique qui a contraint les commissaires enquêteurs à réclamer une étude hydrogéologique complémentaire et le Préfet à en faire état dans son communiqué de presse.

Nous avons demandé à Michel Chevalier de nous exposer son argumentaire que nous allons adresser en appui d’un courrier à Monsieur le Préfet sollicitant le report de sa décision à « la réalisation d’une étude hydrogéologique pour répondre au risque de rabattement de nappe entre le marais Girard et le bassin ».

 

Pour une étude hydrogéologique

par Michel Chevalier, docteur en géologie

 

Malgré une volonté affichée en faveur du port par certains commissaires enquêteurs, les enjeux que j’ai développés devant eux à l’occasion de l’enquête publique (EP) sur le projet de port de plaisance de Brétignolles-sur-Mer, les ont poussés à exiger une vraie étude hydrogéologique. Dans ce court exposé, je vais m’efforcer de décliner les arguments portés à la connaissance des commissaires-enquêteurs.

Site remarquable

Lors des dernières glaciations, la mer s’est retirée bien au large, le site a fonctionné comme celui de St Gilles Croix de Vie, de Pornic ou de bien d’autres. La présence d’un fort ruissellement dans un socle très fracturé a créé des affouillements conséquents, environ -60m pour l’estuaire de la Loire -15 m pour l’estuaire de la Vie, – 10 m pour celui de la Normandelière.

Quand le niveau de la mer a remonté, la puissance alluvionnaire a comblé certains estuaires comme de celui de l’Auzance près des Sables d’Olonne, celui du Veillon et aussi celui de la Normandelière. Plus au nord, la puissance d’un fleuve, la Vie, la Loire, le ria de Pornic, a permis de résister à la poussée de l’envasement.

L’observation géographique témoigne donc d’une présence d’un cours d’eau de puissance suffisante pour déblayer les roches en place.

La géologie

Sur le plan géologique, les levées cartographiques comme celles de Madame Ters (éminente géologue qui a cartographie la Vendée), indiquent des plans fracturés d’Est en Ouest, associés pour certains à une zone de subduction (terme défini quand deux plaques tectoniques s’affrontent). Le volcanisme s’y développe dans un massif très fracturé. En ce sens, l’étude géotechnique jointe au dossier d’EP, le confirme en attestant de roches fracturées riches en eau. L’étude hydrogéologique ancienne de la carrière de Brethomé, absente du dossier d’étude d’impact, témoigne aussi d’un milieu fissuré riche en eau.

Quelles conséquences de l’absence d’étude exhaustive dans le domaine ?

Conscient de la présence d’eau dans cet estuaire fossile, le porteur de projet propose de poser en surface un ruban étanche autour du port pour limiter les écoulements. Mais comme décrit précédemment, cet investissement risque fort d’être inutile, les écoulements d’eau se faisant plus en profondeur. Le système fonctionne comme une passoire dont on viendrait seulement à obstruer les trous de la collerette, en surface !

En définitive, le creusement aurait donc pour effet de soutirer toute l’eau du site ; la zone humide serait aussi asséchée, ceci ajouté au comblement de la carrière de Brethomé remplie d’eau actuellement. Tout le secteur, bien au delà du site de la Normandelière risque d’être déséquilibré : perte d’eau sur le lac du Jaunay, assèchements des puits, etc ) ?

La mesure du potentiel à travers une étude hydrogéologique exhaustive ?

Cette étude hydrogéologique aurait dû être commencée depuis longtemps car les observations nécessitent du temps pour recouvrir des périodes de basses et hautes eaux. Il faut donc, au moins deux ans de constats et de mesures. L’étude est aussi coûteuse (300 à 500 000€) car les phases de cartographie, de reconnaissances géophysiques, de sondages profonds avec pose de piézomètres, de pompages, de modélisation, sont nécessaires pour aboutir à de réelles conclusions.

Conséquences

Sur le plan moral et de la responsabilité individuelle, l’absence de mesures d’impact sur le plan hydrogéologique qui pourrait aboutir à l’assèchement de tout un territoire, peut être lourde de conséquences tant sur le plan financier que social, la ressource en eau étant un bien précieux pour l’humanité qu’il nous faut protéger. Rappelons aussi qu’une zone humide joue un rôle de « tampon » et de « filtre » particulièrement important et que la vie y explose : la faire disparaître serait une grave erreur.

Michel Chevalier

Docteur en géologie


¹ Au début des années 90, P. Bouton, M. Chevalier, G. Godard et B. Mouroux, ont étudié plus spécifiquement la répartition géographique des dépôts yprésiens à l’occasion de relevés devant servir à l’élaboration de la carte géologique du BRGM (feuille de Montaigu). Ces derniers, en croisant leurs résultats aux nombreuses données palynologiques, ont mis en évidence l’origine fluviatile de ces dépôts. Leurs résultats ont été publiés en 1994 dans une étude intitulée « un fleuve yprésien du Berry à la Vendée, témoin de l’évolution paléogéographique et tectonique du Centre-Ouest de la France au Cénozoïque », parue dans le bulletin n°4 de la Société Géologique de France.