Depuis le début de l’année les observateurs ont pu remarquer l’amaigrissement de la plage de Saint-Gilles, des éboulements importants -accès 28 à la Paterne et 29 à Kerlo- ainsi que l’émergence d’une bande de marne argileuse. Heureusement, le pied de dune a été épargné par la tempête Ciara du week-end du 8 et 9 février.

Amaigrissement de la dune

Ces dépôts sont fort ressemblants au bri du marais. Si tel est le cas, ils correspondent à des dépôts en milieu calme  dans un ancien marais , protégé à l’époque par la dune qui était entre 50 et 200 m plus au large.  

Interrogé par nos soins, l’historien chercheur Johan Vincent -qui est également membre du CPNS- rapporte qu’à partir des travaux de Marcel Baudouin et les quelques études sur la question, il était « arrivé à une moyenne annuelle du recul du rivage de la Grande Plage d’environ un demi-mètre. »1 Mais cette donnée est à relativiser tient à préciser Johan Vincent : « ce n’est évidemment pas régulier et le fonds documentaire manuscrit de Marcel Baudouin et les rapports des administrations ne présentaient pas de relevés et encore moins de relevés géopositionnés. »

Il serait donc intéressant de retrouver des informations sur la position de la dune à l’époque gallo-romaine. Avis aux historiens ! A défaut, la régression- transgression flandrienne expliquera ce phénomène. 

Pour Michel Chevalier, géologue et administrateur du CPNS : « L’échelle de temps est importante car elle va indiquer à quelle vitesse, a reculé la dune. La dune actuelle a donc migré d’une position au large  vers  sa position actuelle. Cette remarque vaut aussi bien pour les dunes de St Gilles que celles de Brétignolles, qui petit à petit, s’enfoncent dans les terres. 

La question suivante est donc : dans combien de temps la dune viendra  boucher le canal du Jaunay ? Avec la montée de la mer, cela sera peut être de l’ordre de décennies…. »

Cette remarque consignée dans le registre d’enquête publique du projet de port de Brétignolles n’a pas été prise en compte.  Sans être pessimiste,  le lambeau de dune restant va disparaitre rapidement et venir ensabler le port. La dune devra alors être remplacée par une digue en béton ! On n’imagine pas les coûts induits par la nécessité de protection !

 

Les administrateurs du CPNS interpellent les décideurs :  

« Il est primordial d’engager une étude pour identifier ces dépôts ,

et mesurer leur extension sur le plateau continental. » 

 

Michel Chevalier qui est à l’origine de la découverte du fleuve Yprésis en Vendée Bretagne conclut : « ce phénomène est courant et bien connu. Le seul problème est que l’homme moderne est prêt à oublier et à nier ces phénomènes naturels. Son intérêt immédiat est plus important. »


Descente de la Paterne sur pilotis

Concernant la descente de la Paterne, la Ville a décidé pour la saison 2020 de supprimer les blocs qui s’éboulent à chaque tempête et de poser le poste de secours sur pilotis. Par contre, le dossier n’arrive pas à se finaliser. En effet, la ville attend que la CDC, compétente en matière de « défense contre la mer », obtienne l’autorisation de faire passer les réseaux eaux, électricité…à travers la dune. Le CPNS signale que de nos jours la pose d’un bungalow autonome en énergie et en eau est un classique des travaux saisonniers, surtout en été. Cela aurait l’avantage d’être immédiat, moins coûteux, et sans fragilisation de la dune qui est classée Natura 2000.



1Moyenne calculée pour l’article paru dans Mer et littoral (VINCENT, Johan, « La lutte du quartier de la Plage de Saint-Gilles-Croix-de-Vie contre l’érosion marine », Mer et littoral n°63, avril-juin 2005, p. 40-46) pour le 20e siècle (jusqu’au milieu des années 1980, quand la ligne du rivage passe en-dessous du remblai).