
nouveaux aménagements Port Fidèle/Quai Rivière 150 à 200 places
Le CPNS, bien qu’ayant participé aux ateliers de concertation menés en 2022 sur l’évolution du port, rappelle que ces échanges s’inscrivaient dans une phase exploratoire, destinée à nourrir la réflexion et à identifier des pistes de travail, sous réserve d’études complémentaires. Or, le projet présenté dans la presse le 5 mars 2026 semble s’éloigner de cet esprit initial. Il traduit certaines hypothèses de travail en orientations opérationnelles, sans que leur viabilité environnementale ait été préalablement établie ni partagée.
Port Fidèle : un projet d’extension qui menace un équilibre déjà fragile :
Remis récemment au cœur du débat local, le projet d’extension du port de plaisance de Saint-Gilles-Croix-de-Vie soulève de nombreuses interrogations. Derrière une ambition affichée de modernisation, ce projet ravive des inquiétudes anciennes que le CPNS a déjà dénoncées.
Les leçons oubliées du mandat de l’ancien Maire :
En 2012 déjà, un projet d’envergure avait été mis à l’étude au même endroit. À l’époque, les promoteurs eux-mêmes ne pouvaient ignorer l’évidence : le problème majeur de l’envasement. Finalement le projet était abandonné. Quatorze ans plus tard, rien n’a changé, si ce n’est l’accélération du dérèglement climatique. Persévérer aujourd’hui dans cette voie, c’est faire preuve d’un aveuglement volontaire face aux réalités sédimentaires de la Vie.
Même si la cote choisie de -1.5m pour le déroctage est moindre que par le passé, quelles seront les conséquences de celui-ci sur la courantologie ?


Quel sera l’impact sur la vasière et l’équilibre sédimentaire ?
L’étouffement programmé de l’estuaire
Comme le rappelait avec clairvoyance Claire Brunet dans son étude publiée par notre comité en 1989, Le littoral de Saint-Gilles-Croix-de-Vie : essai géomorphologique historique : « L’étalement des eaux de la Vie dans l’estuaire favorise le dépôt des alluvions fines. […] L’histoire du port est celle d’un combat séculaire et jamais achevé contre l’envasement, une dynamique naturelle que l’homme tente de contrarier par des ouvrages qui, souvent, ne font que déplacer le problème. »
Chaque extension de bassin réduit la vitesse d’écoulement et crée des zones de « mort hydraulique » où la vase s’accumule inéluctablement. Vouloir agrandir le port de plaisance, c’est programmer une asphyxie lente du lit de la rivière.
Des opérations de dragage déjà décriées à multiplier :
Avec l’extension du port côté Saint-Gilles, la gestion des sédiments et les opérations de dragage dans cette zone risquent de devenir particulièrement complexes, voire, à terme, techniquement et économiquement intenables. En effet, cette zone est déjà soumise à des phénomènes naturels d’envasement importants liés à la dynamique estuarienne. L’ajout de nouvelles infrastructures portuaires viendra modifier les courants, ralentir les flux et accentuer l’accumulation des sédiments. Cela entraînera mécaniquement une augmentation des volumes à draguer et une fréquence d’intervention plus élevée. Dans ce contexte, le recours à un dragage intensif et permanent deviendrait inévitable pour maintenir la navigabilité du port. Or, cette stratégie pose déjà aujourd’hui de sérieuses limites.
Actuellement, les sédiments extraits sont en partie rejetés à proximité immédiate du littoral, notamment à deux pas de la Grande Plage. Cette pratique, déjà contestée, soulève plusieurs enjeux majeurs :
Risques sanitaires : les vases portuaires peuvent contenir des polluants (hydrocarbures, métaux lourds, résidus chimiques) accumulés au fil des années. Leur remise en suspension et leur dépôt à proximité des zones de baignade exposent directement les usagers à des risques encore insuffisamment évalués.
Impacts écologiques : le rejet de ces sédiments perturbe les écosystèmes marins, altère les habitats benthiques et fragilise la biodiversité locale, notamment dans des zones déjà sensibles.
Efficacité limitée du dragage : sans traitement à la source des phénomènes d’envasement (courantologie, gestion des apports sédimentaires), ces opérations deviennent un cycle sans fin, coûteux et de moins en moins efficace.
Risque d’impasse réglementaire : face au renforcement des normes environnementales, notamment en matière de qualité des sédiments et de rejets en mer, certaines pratiques pourraient à terme être restreintes, voire interdites.
Ainsi, loin d’être un simple enjeu technique, la question du dragage constitue un point de fragilité majeur du projet. Elle interroge directement sa viabilité à long terme, tant sur le plan environnemental que financier
Un cadre réglementaire : le SAGE Vie / Jaunay
Au-delà des interrogations techniques et environnementales, ce projet interroge directement sa compatibilité avec le Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE) Vie Jaunay. Ce cadre n’a rien de théorique : tout projet d’aménagement doit démontrer sa compatibilité avec ses orientations, notamment en matière de préservation des équilibres sédimentaires, de qualité des eaux et de bon fonctionnement des estuaires.
Or, les caractéristiques mêmes du projet : déroctage, modification des courants, création de zones de faible circulation, soulèvent une contradiction majeure avec ces objectifs. En réduisant la dynamique hydraulique naturelle, l’extension envisagée risque d’accentuer les phénomènes d’envasement que le SAGE vise précisément à limiter.
Par ailleurs, le recours à un dragage intensif et le rejet de sédiments en zone littorale posent la question du respect des objectifs de qualité des eaux, notamment au regard des risques de remise en suspension de polluants.
Comme le rappelait déjà le CPNS en 2012, les projets portuaires doivent impérativement s’inscrire dans ce cadre : « Le CPNS renvoie les promoteurs à la lecture du SAGE Vie Jaunay […] et les interroge sur l’impact de ces travaux dans les zones estuarienne et côtière. »
Dès lors, une question essentielle se pose : ce projet respecte-t-il réellement les principes du SAGE, ou constitue-t-il une dérogation de fait aux règles de gestion durable de l’estuaire ?
Des risques concrets pour les riverains
Comme le soulignait déjà le CPNS en 2012, ces travaux peuvent avoir des conséquences durables sur l’environnement immédiat des habitants, bien au-delà de la seule phase de chantier, car au-delà des impacts environnementaux, les conséquences directes pour les habitants du secteur portuaire sont également à prendre en compte. Les travaux envisagés, notamment le creusement de l’estuaire dans des schistes très durs et les opérations de déroctage, pourraient engendrer :
Des fragilisations des fondations des habitations et des quais
Des perturbations des circulations d’eaux souterraines
Des désordres structurels sur les terrepleins et ouvrages existants
Dégradation du cadre de vie
Des « pontons-parkings » au coût exorbitant :
Au-delà des aspects techniques, la finalité même du projet questionne. Le port de plaisance tend à devenir un espace de stationnement, où une grande partie des bateaux navigue peu. L’extension envisagée revient-elle à développer un simple « parking à flot » financé par de l’argent public ?
Pendant les ateliers de concertation, le CPNS s’était fermement opposé à la location pure de bateaux ventouses pour faire du logement (AirBnB ou Abritel). Un port est avant tout un refuge pour des unités navigantes. qu’ils soient de pêche, de commerce ou de plaisance.
La question de l’usage de l’espace public est également posée. Le secteur du port Fidèle, chargé d’histoire et emblématique de la ville, peut-il être transformé sans altérer durablement son identité ?
Plus largement, ce dossier pose une question essentielle : peut-on encore aménager le littoral sans tenir compte des limites naturelles et des enseignements du passé ?
Compte tenu des déclarations récentes du président de l’agglomération, rappelant les conclusions de la commission de médiation ayant conduit à l’abandon du projet de port de Brétignolles, notamment sur les incertitudes techniques et économiques, les équilibres sédimentaires et les impacts environnementaux, une incohérence majeure apparaît aujourd’hui.
Comment justifier que des réserves jugées déterminantes hier soient désormais écartées pour un projet aux enjeux environnementaux primordiaux ?
Ce projet ne peut être engagé sans une information complète, transparente et accessible à l’ensemble des habitants. Les décisions prises aujourd’hui engageront le territoire pour plusieurs décennies.
Le port de demain ne peut être pensé sans intégrer pleinement les limites naturelles du site. Ignorer ces réalités, c’est prendre le risque de décisions irréversibles pour l’environnement, le paysage, mais aussi pour le cadre de vie et l’identité même de Saint-Gilles-Croix-de-Vie.
L’urgence n’est pas d’étendre le port de plaisance, mais de remettre à niveau l’existant : rénovation et sécurisation des pontons, gestion durable des sédiments et mise à niveau exemplaire de l’aire de carénage et de la gestion des déchets de tous les utilisateurs du port. Toute comparaison avec des ports maritimes classiques est une erreur d’analyse, car seul le modèle estuarien, avec ses contraintes propres, peut servir de référence.
Voulons-nous sacrifier l’âme de Saint-Gilles-Croix-de-Vie sur l’autel d’un port de plaisance « bling-bling » et standardisé ? Ou choisissons-nous de cultiver notre identité, celle d’un port familial, accessible et authentique qui constitue notre véritable richesse et notre attractivité ?
En conséquence, le CPNS s’oppose à toute extension du port de plaisance, aussi bien côté Quai du port Fidèle que Quai Rivière, et réaffirme la nécessité impérieuse de préserver la vasière.

