Logo PresseUn raz-de-marée sur nos côtes en 1924

article issu de l’édition Ouest-France du 12/11/2015
  • En haut, une carte postale d'époque. Dessous, Johan Vincent, à gauche, lors de la conférence.
    En haut, une carte postale d’époque. Dessous, Johan Vincent, à gauche, lors de la conférence. | 
    Dans la nuit du 8 au 9 janvier 1924, les côtes ont été frappées par une violente tempête. Pour éviter d’autres dégâts matériels et les pertes humaines, des remblais ont été construits.

Sous l’égide du Comité pour la protection de la nature et des sites (CPNS), Johan Vincent, chercheur au Cerhio (Centre de recherches historiques de l’Ouest), a donné, mardi, une conférence à la Maison communale de Sion sur ce raz-de-marée qui a frappé nos côtes dans la nuit du 8 au 9 janvier 1924. Il s’est abattu du sud de l’Angleterre jusqu’au Maroc.

D’entrée, il a précisé : « Le terme de raz-de-marée est impropre, car un tel phénomène résulte soit d’un séisme sous-marin, soit d’un volcan, ce qui n’était pas plus le cas que lors de la tempête Xynthia de 2010. Mais le terme est resté dans le langage courant. »

Comme pour Xynthia, il s’agit de l’effet conjugué d’une tempête et d’une marée de fort coefficient qui provoquent une surcote du niveau de la mer, c’est-à-dire une hauteur supérieure à celle de la hauteur théorique par temps calme, surcote qui fut de 1,50 m pour Xynthia.

120 phénomènes depuis le XVIIe

Johan Vincent note que « 120 phénomènes qualifiés de tempête ont été répertoriés depuis le XVIIe siècle ». Si les sites les plus emblématiques de cette tempête sont Penmarc’h, à la pointe sud du Finistère et Royan, en Charente-Maritime, Saint-Gilles-sur-Vie n’a pas été épargné. Les dégâts ont été très importants et ont conduit, à la suite d’une nouvelle tempête survenue en novembre de la même année, à prendre des mesures individuelles et à se tourner vers l’État.

C’est ainsi qu’en novembre 1924, les religieuses de la maison Notre-Dame, associées à quelques riverains, ont entrepris de réaliser un premier remblai qui était incliné. Plus tard, en 1937, ce remblai a été poursuivi au sud, vertical celui-là. Les remblais étaient alors privatifs, les véhicules, publics en particulier, n’y avaient pas accès. Il faudra attendre 1999 pour que l’ensemble soit rétrocédé à la ville devenue entre-temps Saint-Gilles-Croix-de-Vie et devienne le remblai que l’on connaît.

Cette tempête a modérément frappé les habitations, mais a provoqué des dégâts considérables sur les bateaux, notamment dans les ports de Saint-Gilles-sur-Vie et Croix-de-Vie. « La mer a submergé la dune de la Garenne et est venue s’abattre sur les ports. » Sur l’ensemble du littoral, les dommages furent de plusieurs millions de francs, pris en charge en partie par l’État et par les assurances.

Mais nombre d’armateurs n’étaient pas assurés, ce qui provoqua d’âpres débats sur la contribution de l’État vis-à-vis de ces imprévoyants. Ces indemnisations ont donné lieu à bien des spéculations ; des particuliers ont réclamé à l’État le versement d’une somme représentant 50 % de la valeur de leurs biens en raison de leur dépréciation alléguée, mais sans succès, et les éditeurs de cartes postales se sont rué sur l’événement.

Quant aux pertes humaines sur l’ensemble des côtes, elles furent de 39 personnes, tous des marins, auxquelles on peut ajouter les cinquante morts du bateau Mont-Rose, disparu mystérieusement en mer.

Pour en savoir plus : Raz-de-marée sur la côte Atlantique 1924, l’autre Xynthia, de Johan Vincent, 160 pages, 18 €.