Pour ceux qui en douteraient encore, la France est bel et bien entrée dans une phase active de lutte contre le réchauffement climatique et ses conséquences. Nous en voulons pour preuve la consultation sur le projet de plan d’adaptation au changement climatique lancée par l’Agence de l’eau  Loire-Bretagne depuis le mois de mai et qui s’étirera  jusqu’au mois d’octobre 2017. Notre territoire ne reste pas non plus inerte. Ainsi la Commission Locale de l’Eau du bassin versant de la Vie et du Jaunay  – auprès de laquelle le CPNS a un représentant – est appelée à émettre un avis sur ce projet. Les citoyens sont également associés à la démarche: ils peuvent participer à cette consultation via le questionnaire en ligne: cliquer ici

 

Le bilan

Nous retiendrons des documents présentés que le schéma proposé pour notre bassin fait émerger 4 indicateurs en dégradation :

 – Disponibilité en eau: les secteurs côtiers vendéens sont fortement vulnérables dans la majorité des scénarios d’exposition étudiés

– bilan hydrographique des sols en fin d’été : le niveau de sensibilité actuelle pour le bilan hydrique des sols, avec le climat d’aujourd’hui, est situé au niveau 3 sur une échelle de valeurs de 5.  Le degré de vulnérabilité obtenu par l’Agence de l’eau en appliquant 7 scénarios d’évolution du climat à la sensibilité actuelle nous positionne au sein des secteurs nécessitant des actions d’adaptation génériques et flexibles. Ces indicateurs sont utiles pour le milieu agricole et pour appréhender les besoins estivaux. Le comité note que « L’indicateur sur la disponibilité en eau prend en compte l’eau qui est consommée déjà actuellement, la pression que cela exerce sur le débit estival des cours d’eau, et le croise avec ce que seraient les débits estivaux dans le futur. Il n’intègre pas une évolution des consommations futures. Il permet par conséquent de voir où et dans quelle mesure, tous usages confondus, il risque d’y avoir un déficit d’eau à l’étiage, avec les conséquences possibles sur le partage de cette ressource entre les usages liés aux activités humaines et les besoins des milieux aquatiques« .

– biodiversité des milieux aquatiques: elle sera impactée par l’élévation des températures, la baisse des débits notamment à l’étiage, ou encore l’assèchement des zones humides.

– capacité d’auto-épuration des milieux aquatiques : les côtiers vendéens figurent parmi les secteurs les plus vulnérables concernant la capacité d’autoépuration à cause d’une forte sensibilité actuelle de leurs cours d’eau.

Les enjeux

Gué Gorin – GIVRAND – Eutrophisation

Le projet de plan s’applique à décrire les enjeux du réchauffement. Pas de réelles surprises mais un constat qui fait froid dans le dos, si l’on peut dire ! L’augmentation de la température de l’eau aura des effets sur l’auto-épuration de l’eau, sur le phénomène de l’eutrophisation de l’eau. Le réchauffement des rejets des stations d’épuration dans une eau plus chaude peut aussi créer des risques sanitaires avec l’apparition de maladies hydrauliques, des risques de pollutions chimiques. Sur le plan des espèces aquatiques, le changement de température va accroître la concurrence entre espèces, certaines risquant de disparaître en raison d’une eau trop chaude, d’une disparition de certaines zones humides et d’une diminution des débits.

 

A côté de la problématique de la raréfaction de la ressource, il faudra aussi faire face aux pluies intenses génératrices de lessivage des sols, d’inondations, sans parler des risques de submersions marines…

Du point de vue humain, ce dérèglement climatique fait craindre  l’augmentation – ou l’émergence de nouveaux –  conflits d’usage: réserves en eau insuffisantes, gestion des points d’eau, pollutions accrues, frein au développement économique et nécessité absolue de revoir le plan d’urbanisation des territoires.

 

Des leviers d’actions sont proposés par le projet de plan

Face à ces problématiques, le schéma propose un plan d’actions axées autour des conséquences du réchauffement climatique sur la quantité et sur la qualité de l’eau,  sur les milieux aquatiques, sur les risques d’inondation et submersion marine et enfin sur la gouvernance. La méthodologie reprend ainsi les cinq axes thématiques structurant du SDAGE  et du PGRI sur le bassin Loire-Bretagne, conférant une certaine cohérence à l’ensemble.

Le premier constat énonce une évidence qu’il ne faut cependant pas traiter à la légère : une bonne gestion de la ressource passe immanquablement par un bon entretien des infrastructures telles que les digues ou le lit des cours d’eau: amélioration de leurs fonctionnalités, limitation des pollutions ponctuelles ou diffuses; ou encore: création ou renforcement de la protection des zones humides.

Plus difficile à mettre en œuvre la maîtrise de l’étalement urbain et du développement économique n’en est pas moins abordée par le projet de plan qui préconise de diffuser très largement l’information sur les risques générés par le réchauffement climatique afin de sensibiliser les acteurs locaux et obtenir une traduction dans les documents d’aménagement du territoire au premier rang desquels le SCOT. L’agence de l’eau prône la plus grande transparence sur la gestion de ce dossier. On sent ici les limites de l’exercice face à des décideurs locaux friands d’expansions urbaines, il suffit de lire le SCOT pour s’en convaincre.

 

En conclusion

En conclusion, nous pouvons dire que le constat et les enjeux du réchauffement climatique sont correctement exposés. Les leviers d’actions en réponse restent au niveau des préconisations, c’est là une nouvelle limite de l’exercice. Nous soulignerons cependant l’excellent travail fourni qui permet d’identifier quelques types d’actions prioritaires au niveau de chaque levier. Des exemples concrets permettent de contribuer au partage d’expériences déjà réalisées et d’ancrer les actions dans le concret.

Certains leviers d’actions font encore l’objet de débats.

Le comité de bassin en liste un certain nombre et souhaite que la consultation soit l’occasion d’en examiner et d’en interroger la pertinence de mise en œuvre sur les différents territoires du bassin : recours à la recherche génétique, notamment sur les coquillages cultivés pour la consommation ; Jusqu’où faire jouer la solidarité et mutualiser les coûts potentiellement élevés de traitement des rejets ; Comment choisir la meilleure solution pour reconstruire le maillage végétal d’un territoire, de l’agroforesterie au boisement des berges ? ;  Comment agir sur le développement de filières valorisant des productions agricoles plus économes en eau et plus résilientes ? Dépendance à l’eau de nos territoires et de leur mode de vie : doit-on, peut-on, et comment, diminuer notre dépendance vis-à-vis d’une ressource en eau de qualité qui peut diminuer sous l’effet du changement climatique ? Quels efforts peut-on envisager ? Comment mieux équilibrer les aides publiques entre les actions d’économies d’eau et celles de stockage ? Quelles nouvelles solidarités amont-aval inventer, fondées sur quels mécanismes, par exemple pour intégrer les services rendus par certains espaces pour réduire l’importance des inondations ?

Ces quelques exemples de questionnement tirés du projet montrent le niveau de difficulté de la réflexion engagée. Comme le Comité de bassin, nous pensons que l’information de l’ensemble des acteurs, la mise en œuvre d’une pédagogie adaptée et tenace associées à une totale transparence des enjeux et conséquences de chacun des choix constituent certainement la clé ouvrant le chemin de la réussite.

Mais avec le Comité de bassin nous nous posons certaines questions: Quels sont les bons supports et médias à utiliser pour porter à connaissance les rôles des différents acteurs de l’eau ?  Comment renforcer la légitimité de la CLE comme instrument de gouvernance ? Comment mobiliser le public et les associations sur les conséquences du changement climatique sur la disponibilité de la ressource, avec quels arguments ?

Cet article entend répondre partiellement au souci de communication exprimé par le Comité de bassin Loire-Bretagne. A notre place, soyons tous le relai de cette consultation sur le projet de plan d’adaptation au changement climatique et diffusons largement le lien permettant d’y répondre : 

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