« Sion-sur-l’Océan, station balnéaire de la Belle Époque miraculeusement préservée, un fait unique sur tout le littoral de Vendée »

Louise Robin, historienne de l’art, chargée de cours à l’Université de Rennes II, dans le cadre d’un Master Histoire & Médiation du Patrimoine en Europe; conférencière d’histoire de l’art et de l’architecture.

auteure de « Villas et édifices balnéaires des Sables d’Olonne, un siècle d’architecture 1845-1945 » (2011) et de « Olonne sur Mer, patrimoine et architecture » (2013).

 

 

 

 

2016-07-15-16.52.17Le collectif de défense du patrimoine balnéaire de Sion-sur l’Océan, soutenu dans son action par le CPNS, ne manque pas d’idées. La visite commentée de Sion et de ses villas emblématiques prend désormais une tournure théâtrale propre à sensibiliser les participants. C’est en effet en costumes d’époque (années 1950/1960) qu’a lieu la visite. On y trouve pêle-mêle des marins, un capitaine de marine,un couple de touristes, des maraîchins et même cette année le curé en soutane de l’équipe des Brimbalures.

 

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Îlot Jeanne d’Arc

L’animation est mise au service de la sauvegarde d’un patrimoine menacé de disparaître tant sur l’îlot dit « Jeanne d’Arc » qu’à propos de la maison pour tous, ancien casino des pins, ou l’ensemble immobilier abritant le musée marin La Livarde. On y découvre le rôle déterminant de Henri Renaud de La Faverie, auteur d’ouvrages sur Saint-Gilles-Croix-de-Vie et Les Sables dOlonne, qui est à l’origine de la station et à qui l’on doit la première chapelle de Sion (actuel office du tourisme) afin de favoriser le développement balnéaire du bourg. On y apprend l’histoire des villas Saint-Jean (1908), Elisabeth et Ker Emile (1929), La Clarté (1930), du café de la Plage, du casino des Pins, de l’hôtel Frédéric et bien d’autres bâtisses dont les caractéristiques architecturales sont soulignées. On se remémore aussi l’époque des épiceries (par exemple à l’emplacement du musée marin La Livarde) ou encore l’histoire du petit train de plaisir (1923-1949) et tant d’autres souvenirs attachés à la vie de cette petite station balnéaire familiale.

 

S’appuyer sur le passé pour construire l’avenir

L’approche évocatrice réalisée lors de la visite par le collectif, suggérant l’esprit de vie comtemporaine de la conception et de la construction, met en exergue la cohérence du lieu sur le plan urbanistique, architectural, sociologique et économique qui n’est pas sans rappeler  la Convention pour la sauvegarde du patrimoine architectural de l’Europe¹ qui classe dans le patrimoine architectural « les groupements homogènes de constructions urbaines ou rurales remarquables par leur intérêt historique, archéologique, artistique, scientifique, social ou technique et suffisamment cohérents pour faire l’objet d’une délimitation topographique »; sans vouloir prétendre à une reconnaissance européenne, force est de constater que Sion-sur-l’Océan remplit  nombre de critères ainsi évoqués. 

Ce patrimoine ne doit pas être opposé à l’évolution normale de toute société. Au contraire, il «doit être apprécié et mis en valeur sous tous ses aspects: histoire, art, urbanisme, économie. Ainsi, il pourra être pleinement intégré dans la cité contemporaine comme élément culturel et comme élément actif du cadre de vie d’aujourd’hui et de demain. Ce n’est qu’ainsi que l’on arrivera à surmonter le conflit « ancien-nouveau ».  L’héritage architecturaI ne constitue pas seulement un témoignage culturel et esthétique du passé, mais il doit être un élément constructif et une composante réelle du cadre de vie contemporain, lui apportant  l’âme et l’individualité qui manquent tant aux villes neuves »².

Dans cette optique de plus-value immatérielle, les coûts de rénovation ne doivent pas être opposés aux coûts de la construction à neuf, même s’il est légitime de les comparer. Il n’est pas inutile de rappeler aussi que la Fondation du patrimoine -qui fête ses 20 ans cette année- aide les porteurs de projets publics et associatifs à financer la sauvegarde de leur patrimoine immobilier grâce au mécénat populaire³.

 

En conclusion, avec le collectif nous vous invitons à méditer cette définition du patrimoine architectural communément adoptée : 

« Le patrimoine architectural est l’ensemble des constructions humaines qui ont une grande valeur parce qu’elles caractérisent une époque, une civilisation ou un événement et que, à cause de cette valeur, nous voulons transmettre aux générations futures ».

La notion de patrimoine implique l’idée de quelque chose qui nous a été transmis par ceux qui nous ont précédés.

La question est donc de savoir ce que nous voulons transmettre de Sion à nos enfants?

 

Nous vous invitons à consulter le

blog du collectif de défense du patrimoine de soin-sur l’Océan

 


 

¹ https://rm.coe.int/CoERMPublicCommonSearchServices/DisplayDCTMContent?documentId=090000168007a094

² Luben TONEV in http://www.icomos.org/monumentum/vol15-16/vol15-16_4.pdf

³ La lettre de la Vendée, mars 2016, éditée par La fondation du patrimoine